44
?
WEEK-END
théâtre Deuxansdevotrevie
Couple d'aujourd'hui
Les Biches Pensives accompagnent à nouveau cette année le crépuscule de l'été, s'amusant cette fois aux dépens de notre perception du couple et de l'amour... Pascale Gauthier 24 Heures Par Deux ans de votre vie, on entend ici le cycle d'une vie de couple, de la communion de deux intimités en passantparl'instaurationd'uneroutine commune jusqu'à la possible rupture. Cycle qui sera en l'occurrence à recommencer avec un autre candidat. Car malgré la société contemporaine «libérée » que nous noussommesforgés,ilsemblequele célibatsoittoujoursperçucommeun «état transitoire», et que l'amour à deux demeure le but à atteindre... «Le point de départ, c'était un peu cette pression sociale qu'on sent par rapport au couple », nous explique Rebecca Deraspe, auteure fraîchementdiplôméedel'écoleNationalde Théâtre à qui Les Biches Pensives ont fait appel pour leur troisième production. De ses propres observations et des discussionsqu'elleauraeuesavecles comédiennes et cofondratices des «Biches » Dominique Leclerc et Annie Darisse, aussi interprètes de la pièce, est donc née cette histoire à l'humour un brin décalé : Une jeune femme décide de prendre en main le destin amoureux désastreuxdesonpetitfrère,chezquila solitude inspire des élans suicidaires...C'estainsiqu'unedemoiselle en mal d'amour signera un contrat par lequel elle s'engage à vivre en couple avec ce garçon qu'elle ne connaîtpas...«C'estintéressantd'observer l'évolution de cette relationlà, où tout est comme en accéléré», commente Dominique Leclerc, interprète de la grande s?ur «bien intentionnée », qu'elle décrit comme étant l'incarnation de cette «figure dérangeantequ'estlacélibataireheureuse et épanouie. » On est de même... Humour noir? Rebecca Deraspe dit oui,certainement.Sarcastiqueetironique?Là,ellemetunbémol.«Jedirais caustique. Sarcastique, pour moi, c'est plus méchant. Et il y a une espèce de détachement et de jugementdanslecynisme,quelquechose denégatif;cen'estpasvers ça quej'ai envie d'aller. L'humour noir qui me parle, c'est celui qui te fait dire:'je suis pas à l'aise avec ce qui est en train de se passer, mais en même temps,onestdemême...'C'estderire desoi,enfait»,expliquelajeunedramaturge qui, formant d'ailleurs un coupleaveclemetteurenscènedela pièce, Jacques Laroche, pose sur le sujet un regard qu'elle veut lucide. Car en fait, par la caricature, c'est l'humanité qu'elle veut explorer. «Les gens aiment se reconnaître», dira-t-elle. Même si l'on met au jour certaineschosesquel'onpréfèrehabituellement ne pas trop s'avouer... théâtre urbain de fin d'été Ayanteul'idéedemeublerlapériode creuse de «pré-saison » en proposantun«théâtredefind'étéurbain» touchantdesréalitéssocialesquiles interpellent, c'est dans le lieu public du Café-bar de la Cinémathèque québécoise que Les Biches Pensives présentaient Ça se dit pas en août 2009, suivi un an plus tard de Sur la photo, les Biches Pensives Dominique Leclerc et annie Darisse, qui auront pour partenaire de jeu Benoît Drouin-Germain. Photo JeroMe LecLerc Noussommesfaits(commedesrats). Investissant cette année une «vraie salle dans un vrai théâtre», Dominique Leclerc souhaite néanmoins nepasperdrecetteproximitéqu'elle a aimé établir avec le public. Proximité créée notamment par des personnages qui s'adresseront parfoisdirectementauxspectateurs, s'amusantmêmeàdémasqueretmanipuler leurs réactions et pensées. «On se plaît beaucoup à aller chercher aussi des gens qui voient habituellement le théâtre comme quelque chose d'élitiste, explique la comédienne. Cette image-là figée et inaccessible, c'est ce qu'on veut briser.» À la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui, 16 août au 3septembre.
Arts visuels Privacy
24H 12-14 AOût 2011
Des réalités qui dérangent
Pascale Gauthier 24 Heures Unefemmeparleautéléphonealors quesapetitefilleregardeàlafenêtre etquesonmariquisetrouveàl'étage supérieuralecanondesonfusildans labouche,unefamillecélèbreunanniversaire,uncouplefaitl'amour,un père frappe sa fillette pendant que maman vaque à ses occupations dans une autre pièce... En tout, onze photographies grand format nous place en position d'observateurs extérieurs qui, à la manièred'unpromeneurquijetteraitun ?il à chacune de ces maisons montréalaises depuis la rue, ont soudain accèsàquelquesscènesdudomaine privé grâce à une fenêtre sans rideaux,ouautreouvertureindiscrète. Inévitablement se tissent alors des histoires dans nos têtes... Et, comme l'illusion de la réalité suffitpourcréerréactionsetmalaise, des plaintes de citoyens ont été reçues en liens avec Privacy, qui est librement exposé en plein air, accessible à tous. «Ces photos-là ne montrent pas des choses qui n'existent pas, elles montrent des scènes deviequotidienne,quipeuventexister à côté de chez vous. C'est peutêtre ce qui dérange... » commentera simplement l'artiste italo-québécoise Leda. sans rideaux «Quand je suis arrivée au Canada il ya19ans,unedeschosesquim'asurtoutfrappée,c'étaitlefaitdemepromenerdanslesrueslesoiretdepouvoir voir à l'intérieur des maisons... Je n'en revenais pas! En Europe, ce n'est pas comme ça. En Italie, les gens ferment les rideaux ou les volets, ils n'ont pas envie qu'on puisse voircequ'ilsfont etcequ'ilsont...En De la série Privacy. Photo De LeDa MontereaLi Amérique du Nord, les gens ne mettent pas beaucoup de rideaux. Ils ne sont peut-être pas conscients qu'ils peuvent être vus, ou peut-être qu'ils sont ouverts à ça... Mais encore aujourd'hui,ça mefascine.»C'estainsi que Leda Montereali explique l'originedesoninspirationpourPrivacy, série photographique qu'elle développe depuis 2007. Car si la photographe connaît une belle carrière commerciale dans le monde de la photo de mode au sein du tandem Leda & St. Jacques, qu'elleformeavecsonconjoint,ilest pourelleimportantdepoursuivreen parallèledesprojetsartistiquespersonnels. Ce qu'elle désirait notamment explorer avec Privacy : la frontière devenue ambiguë entre espace public etespaceprivé,levoyeurisme,l'exhibitionnisme...Voyantcommentcertaines personnes «s'exposent sans pudeur au regard des autres » avec ces phénomènes récents que sont Facebookoulatéléréalité,l'artistene pouvait qu'être conforté quant à la pertinence de son exploration. «Mais aussi, ça m'emmène à explorerlaquestion :c'estquoilebonheur aujourd'hui?»ajouteLeda,précisant vouloircreuserdavantagecetaspect avec la suite de son projet. Notonsque,parallèlementàl'exposition de la place Émilie-Gamelin, Privacy est également présenté à la prestigieuse Biennale de Venise, ayantétésélectionnépourfairepartie du corpus Padiglione Italia nel Mondo, regroupant le travail d'artistes d'origine italienne de partout dans le monde. Au Parc Émilie-Gamelin (angle rue Berri et Sainte-Catherine), jusqu'au 15 septembre.